“Two possibilities exist: either we are alone in the Universe or we are not. Both are equally terrifying.”

― Arthur C. Clarke

20080330

Pour toujours

J'ai passée la soirée d'hier chez des amis pour souligner l'anniversaire de Blondie, l'épouse de 64. Comme nous étions nombreux, j'ai pris place dans un fauteuil et j'ai fait asseoir Mane sur moi. Nous avons passé la soirée ainsi, mon fils dans mes bras, la tête posée sur mon épaule.

C'était un moment magique. À cet instant-là, je me suis revu, onze ans plus tôt. Je me suis rappelé le rituel quotidien du dernier boire de la journée. C'était une responsabilité qui m'incombait exclusivement. La maman, qui opérait une garderie en milieu familial, passait ses journées entières avec notre bout de chou. Elle trouvait donc également essentiel que ce moment spécial soit un privilège m'étant exclusif. Elle a commencé là, notre complicité, à Mane et à moi :o)

Tous les soirs, donc, avant le dodo, je prenais place dans le fauteuil du salon avec mon bébé dans les bras et je lui offrais son dernier repas de la journée en regardant Barney à la télévision.

J'ai toujours aimé ridiculiser ce dinosaure chanteur que j'appelais "le gros fag mauve". Reste que cette émission fascinait les enfants d'âge pré-scolaire. Peu importait que ça soit en anglais. Bébé tétait sereinement sa bouteille en écoutant attentivement le programme bourré de chansons. C'était ça, surtout, le secret du succès de Barney. Les chansons.

En repensant à tout ça hier soir, j'ai partagées ces réminiscences avec mon fils. Il m'écoutait avec son petit sourire timide.

— Te rappelles-tu le rituel du bain? lui ai-je demandé en souriant.

Ça, c'était plus tard, quand il fut capable de demeurer en position assise dans la baignoire.

— Nous alternions, ta mère et moi. Un soir un, un soir l'autre… Te souviens-tu que chaque fois que je te donnais ton bain, je te chantais des chansons?

Mane fouillait ses souvenirs; ça se voyait dans son regard.

— J'étais devenu un pro… je maîtrisais tout le répertoire de Carmen Campagne.

"Piou-Piou et Kiou-Kiou rrrroucoulent… se sont des pigeons voyageeeeuuurs…"

Subir Carmen ou le dino violette était pénible. Mais rien ne peut se comparer à la récompense que je touchais dans ces moments-là: ce rire extraordinaire dont seuls les bambins ont le secret. Celui qui sonne comme une pluie de grelots ou comme une source claire qui coule doucement dans un jardin. Ce rire inévitablement suivi du "Akaaaa!" exigeant que l'on chante "encore!".

C'est la P'tite Frisée qui m'a inspiré le présent billet. Elle nous questionnait à savoir comment nous, parents, appréhendions nos vies après le départ des enfants.

Personnellement, je n'y ai encore jamais songé. Je sais que ça arrivera mais ça ne se conçoit pas pour le moment. Ma tête et mon cœur sont trop occupés à regarder en arrière et à mépriser ce temps qui passe à une vitesse étourdissante. Beaucoup trop pour regarder vers l'avant et songer à ces jours à venir où je regretterai des périodes comme maintenant.

Je tente d'apprécier chaque instant de ce cadeau unique, cette inestimable fortune qu'est d'avoir mon bébé à mes côtés.

Et comme je l'écrivais sur le blog de P'tite Frisée, il est, a été et restera à jamais mon bébé, et le fait qu'un jour il se fasse la barbe tous les matins ne changera rien à cela :o)

-=-=-

May the good lord be with you
Down every road you roam
And may sunshine and happiness
Surround you when youre far from home
And may you grow to be proud
Dignified and true
And do unto others
As youd have done to you
Be courageous and be brave
And in my heart youll always stay
Forever young, forever young
Forever young, forever young

May good fortune be with you
May your guiding light be strong
Build a stairway to heaven
With a prince or a vagabond

And may you never love in vain
And in my heart you will remain
Forever young, forever young
Forever young, forever young
Forever young
Forever young

And when you finally fly away
Ill be hoping that I served you well
For all the wisdom of a lifetime
No one can ever tell

But whatever road you choose
Im right behind you, win or lose
Forever young, forever young
Forever young ,forever young
Forever young, forever young
For, forever young, forever young

— Rod Stewart, Forever Young —

7 cyberblabla(s):

Le feu a dit...

Aaaahh!!
Les enfants..Rien de plus merveilleux sur Terre,rien.

la p'tite frisée a dit...

c'est en regardant en avant qu'on se rend compte que ce point lointain, indéfini, se rapproche de nous à une vitesse effrayante.

Et qu'on comprend alors qu'il est essentiel de vivre l'ici et maintenant à fond avec eux.

Cyberyan a dit...

Simona:
En effet.

Je me demande parfois, cependant, quels effets font mes textes sur ce sujet. Car je ne les écris pas pour parler de mon fils. La dernière chose que je voudrais c'est de l'exposer sur le web.

Quand j'en parle, c'est davantage pour partager avec vous les sentiments qui m'habitent ou les émotions que j'éprouve.

C'est tellement difficile, par moments, de trouver les mots justes pour raconter une chose qui se ressent!

Ce sont, en bout de lignes, de petites fenêtres que j'ouvre pour que vous puissiez voir en moi.

J'ai aucune idée à savoir si ça marche! lol :o)

P'tite Frisée:
Ooooh que oui !!!
Here and now!

En plus, on est toujours le HIER de demain. Faque à n'importe quel moment, on est en train de vivre une période dont on s'ennuera plus tard. Aussi bien la vivre au max :oD

NONE a dit...

Superbe ton texte ...

J'exige d'avoir un "sample" d'une toune de Carmen Campagne (you know how to reach me !) lol !!!!

Il est chanceux Mane d'avoir un papa comme toi ;)

Anonyme a dit...

Ton texte est superbe Cy !

Ayant eu un père très absent, je n'ai jamais connu ce genre de moments avec lui. Même si je fais ma dure et que je dis que je m'en fous, ce n'est pas le cas. Ça m'a manqué !

Je crois que tu fais bien de ne pas penser à son éventuel départ. Profite du moment présent car ça passe très vite, tu l'as dit toi-même.

Cyberyan a dit...

Moon:

Chanceux... j'aime à croire que oui. En même temps, je suis très chanceux d'avoir un enfant comme lui.

Faudra que je vous fasse un billet sur ça. C'est drôle, les réaction qu'il obtient à l'école quand il dit que son père joue à des jeux vidéos :oP :oD

ps: pour la toune de Carmen, tu ne t'attends pas à ce que je mettes sur mon blog un podcast de moi qui chante la Vache dans le bain, j'espère?

Cyberyan a dit...

Macha:
Merci! Ça me touche beaucoup. :)

LA DETTE DU QUÉBEC